Après le SIAL 2018, la fin des insectes ?

Le SIAL 2018 : perspectives pour les insectes comme alternative à la viande. 

 

 

Personne ne peut le nier, à la fin du SIAL Paris 2018, le végétal n’est pas une mode, c’est devenu une tendance profonde de nos modes de consommation. Seuls ceux qui n’ont pas pris leur billet pour la grande messe peuvent encore demeurer septiques.

 

 

Le nombre de nouveaux produits incluant des légumineuses est impressionnant ! On peut désormais les trouver sous toutes les formes. En soupe, en grain de riz, transformés en simili carné, en chips, en glace … Leur diversité offre aux alchimistes et aux cuisiniers un terrain de jeu à la hauteur de leur imagination.

 

Réjouissons-nous. Leurs qualités nutritionnelles méritent ce nouvel eldorado. Et telle la ruée vers l’Ouest, les entreprises commencent à creuser le filon.

 

"Ils sortent du rôle d'accompagnement pour devenir le plat de résistance"[1], résume Xavier Terlet, le président du cabinet XTC World Innovation. C’est sans doute ici que réside leur succès.

 

Et l’idée des alternatives à la viande fait son chemin. Nous sommes nombreux à dire qu’abandonner les produits carnés transformés et de mauvaise qualité est sans doute une sage décision. Aussi bien pour notre santé que pour la planète au sens large.

 

Après le temps de l’Envoi, un nouveau dogme était donc posé : « Fini l'engouement pour les insectes : lentilles et pois chiches sont bien partis pour remplacer la viande. »[2] Telle une prophétie on commence à répéter et à partager sur nos plateformes digitales préférées que "Manger des insectes ? Ça n'arrivera pas, on sera végétarien d'abord !" (Xavier Terlet).

 

L’un des arguments à charge, c’est la timidité des acteurs de notre filière lors du grand rendez-vous. « À l’Ouest », comparé au tsunami végétal, nos deux ou trois petits stands « insectes » faisaient effectivement pâles figures.

 

Les insectes étaient-ils donc une mode, destinés à rester dans nos bols pour l’apéritif ? Demeureront-ils dans l’ombre de « Kho Lanta » ou condamnés à être une attraction pour Halloween ? A-t-on raison de ne plus croire en cette nouvelle source de protéines si prometteuse ?



[1] https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/sial-2018-que-mangerons-nous-demain_2043743.html

[2] https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/sial-2018-que-mangerons-nous-demain_2043743.html

Notre Avis

La timidité de notre présence au SIAL est à remettre dans un contexte plus large où les entreprises du secteur de l’« insecte comestible » (ou Fruits de Terre pour les intimes 😉) sont aujourd’hui ralenties par le contexte législatif européen. Mettre sur le marché des produits alimentaires à base d’insectes demeure compliqué en France et en Europe. L’ouverture du marché ne se fera sans doute pas avant plusieurs mois. De ce contexte législatif résulte donc l’essoufflement relatif de la dynamique de notre secteur. Les consommateurs ne pouvant pas trouver à grande échelle et proche de chez eux, ces produits innovants.

 

Considéré comme à la mode ces dernières années, les experts qui portaient jadis le secteur n’ont pas vu les chiffres décoller et se tournent vers d’autres tendances.

 

Les insectes comestibles restent pourtant l’une des solutions les plus congruentes comme alternatives écologiques & nutritionnelles à la viande classique. Le ratio « ressources naturelles nécessaires / protéines produites » n’a que peu de concurrents dans le monde alimentaire. Nous pourrions aussi insister sur la qualité de ces protéines (animales) qui sont, par définition, plus complètes et plus assimilables que les protéines végétales [1].

 

Le monde de l’insecte doit lui aussi affirmer cette cohérence, malheureusement pas toujours suivie dans les produits proposés. Un produit apéritif n’est pas une alternative à la viande. Peut-être devons-nous prendre exemple sur les légumineuses et devons aussi sortir du rôle d’accompagnement « pour devenir le plat de résistance » et ainsi remplir le rôle véritable des insectes ou Fruits de Terre.

 

Aujourd’hui, les plus sceptiques pointent du doigt l’absence historique de la consommation d’insectes en France et en Europe. « Ce n’est pas dans notre culture » disent-ils. (Ce qui est partiellement faux, il y a encore « quelque temps » nous mangions des cigales dans le sud de la France …). Derrière l’anonymat des réseaux sociaux, les insultes pleuvent parfois. N’oublions pas qu’outre-Manche, qu’outre Rhin ou qu’outre Atlantique, nous sommes la risée pour manger des huitres, des escargots ou des grenouilles. Faisons ce que nous apprenons à nos enfants : goûtons avant de juger.

 

J’invite mes collègues à garder toujours à l’esprit l’intérêt réel qu’ont les insectes.

 

Confrères créateurs et industriels, nous devons systématiquement nous poser la question de l’utilité sociale, environnementale et nutritionnelle de chaque produit que nous mettons sur le marché. Le « pourquoi ? » doit rester ou devenir notre principal moteur de la mise en vente sur le marché d’un produit.

 

"Les consommateurs veulent trouver du plaisir en mangeant, c'est leur première motivation"[2], assure Xavier Terlet. Là-dessus nous sommes d’accord, c’est aussi notre priorité quand nous développons de nouveaux produits, notamment en partenariat avec l’Institut Paul Bocuse. Si vous êtes de passage à Lyon, je vous invite pour une dégustation, vous êtes tous les bienvenus dans nos nouveaux locaux rue Mercière à Lyon.

 

Est-ce que les insectes perceront dans nos assiettes ? Oui, mais tout dépend de notre capacité à proposer des produits gourmands et cohérents avec les besoins et les envies des consommateurs. Je vous donne rendez-vous dans deux ans, au SIAL 2020, nous sommes certains que le vent aura encore tourné.

 

Adrien Lamblin, président co-fondateur des Fruits de Terre.

 

Le futur a bon goût !

 


[1] https://www.bioalaune.com/fr/actualite-bio/31306/quelle-difference-entre-proteines-vegetales-animales

[2] https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/sial-2018-que-mangerons-nous-demain_2043743.html

 

 

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